Jean-Sébastien BACH

et les cantates

Bach a composé ses cantates dans le cadre des diverses fonctions officielles qu'il a exercées à Weimar, Köthen et Leipzig. Il a occupé durant 27 ans (de 1723 à 1750) le poste de cantor et de director musices à Leipzig. A ce titre, il était chargé de régler les exécutions musicales des quatre églises paroissiales de la ville, d'organiser les sonneries quotidiennes de chorals à l'Hôtel de Ville, et de composer les musiques pour toutes les fêtes officielles et religieuses de la cité.

Dès sa nomination à Leipzig, Bach se met en devoir de présenter une nouvelle cantate chaque dimanche et jour de fête, au prix d'un travail énorme. Au cours de ses premières années d'activité de cantor, dans un élan créateur exceptionnel, il va se constituer un répertoire de près de 300 cantates représentant cinq années entières d'œuvres de musique sacrée, pour tous les dimanches et jours de fête.

La cantate constituait un genre musical très répandu dans le monde culturel de l'Allemagne luthérienne de la première moitié du XVIIIe siècle. Tous les compositeurs de cette époque se sont confrontés à ce genre musical. Telemann en aura composé 1300 et Krieger près de 2000!

Le niveau artistique de la production de Bach surpasse cependant celui de tous ses collègues, tant au niveau de la richesse du langage et de la forme que de l'intensité spirituelle du propos.

Grâce à diverses sources, dont une note de la main de Bach au dos de la page de titre de sa cantate de Noël Nun komm, der Heiden Heiland BWV 61, on a pu reconstituer l'ordonnance du culte divin à Leipzig. Ainsi, la messe dominicale à Saint-Nicolas ou Saint-Thomas commençait à sept heures du matin pour s'achever trois à quatre heures plus tard, selon la nature de la liturgie, la durée de la prédication ou encore le nombre de communiants. Les fidèles étaient appelés par les cloches pour entrer dans l'église au son de l'orgue. Le chœur exécutait ensuite une hymne latine ou un motet polyphonique avant de faire entendre le Kyrie et le Gloria, en latin ou dans sa version luthérienne allemande.

La cantate remplit la fonction d'une seconde prédication, comme Luther l'avait préconisé dès la Réforme (Doppelt betet wer singt), reprenant le précepte de Saint-Augustin (Qui bene cantat, bis orat). Le choral conclusif revêt dans ce contexte une importance fondamentale, car il permet de relier d'une même voix tous les participants à l'office, en tout cas au niveau de la résonance de sens que sa mélodie simple dégage.

Philippe Krüttli

Source: Gilles Cantagrel, Les cantates de J.-S. Bach, Fayard, 2010